Lunch avec Raout Pacha

Rencontre avec...

Entretien avec Aurélie Reinhorn, réalisatrice de Raout Pacha

Pourriez-vous nous expliquer votre choix de titre ?
Je voulais quelque chose de sonore. J’aime bien quand un titre ne souligne pas une histoire, mais apporte une singularité qui vient compléter le travail. J’ai choisi d’associer deux mots qui racontent l’inverse du film : un raout désigne une fête mondaine alors que les personnages de Varec et de Clint sont complètement esseulés sur leur plage normande à faire des travaux d’intérêt général qui ne leur rapporte rien. “Pacha” poursuit cette évocation de noblesse qui contredit la réalité des deux anti-héros précaires. Peut-être que leur absence totale d’ambition par rapport au concept de travail leur octroie le statut de pacha ultime.

Pourquoi avoir situé l’histoire à Veules-les-Roses ?
Le processus de travail s’est fait à l’inverse. J’ai écrit et tourné ce film dans le cadre du festival SITU, qui accueille chaque année des projets de théâtre et de cinéma, avec une contrainte de temps, c’est-à-dire quatre semaines pour créer une forme qui sera présentée au public lors du festival qui se tient début septembre à Veules-les-Roses. La deuxième contrainte est celle de créer in situ, c’est-à-dire à partir des lieux et décors qui composent le village et ses alentours. En dehors de ces deux règles, Lara Marcou et Marc Vittecoq, les fondateurs du festival, laissent aux équipes en création une liberté absolue. C’est dans ce cadre que je suis venue faire mes premiers repérages en janvier 2018, avec comme questionnement extrêmement actif : “Que pourrait-il se passer ici ?”.

Clint et Varec sont-ils basés sur des personnes que vous avez rencontrées ?
Non, mais je suppose qu’ils sont inconsciemment le fruit d’un kaléidoscope de gens vus ou croisés quelque part. Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est d’écrire pour des acteurs, construire le film à partir d’eux, et imaginer des rapports entre leurs personnages, les situations qu’ils traversent, et comment les situations qu’ils traversent accentuent leur rapport, dévient leur comportement. Je ne m’intéresse pas à leurs psychologies. Clint et Varec sont surtout construits à partir de leur interprètes Matthias Hejnar et Adrien Guiraud, à partir de mes projections déformées d’eux et de leurs propositions d’acteurs au sein de ce travail.

Comment s’est déroulé le tournage sur la plage ?
Très bien, en dehors du fait que ma première assistante et moi nous sommes trompées une fois en faisant le planning de tournage du lendemain, et avons inversé le calendrier des marées. Nous nous sommes donc tous retrouvé à 7h du matin devant des vagues qui déferlaient sur les falaises alors qu’il fallait que la mer soit très basse pour pouvoir tourner. En dehors de cela, nous tournions tôt pour qu’il y ait le moins de monde possible sur la plage, et pour que ce paysage gris et anguleux donne vraiment l’impression d’engloutir les présences de Varec et de Clint en exacerbant leur marginalité.

Quels sont vos futurs projets cinématographiques ?
J’achève l’écriture d’un court-métrage qui se passe dans un parc d’attraction et qui raconte la première journée d’embauche d’une employée déguisée en mascotte. Ce film part de l’envie d’approfondir le sujet du travail précaire par le prisme d’un univers féerique, et de poursuivre ma collaboration avec des acteurs qui m’entourent, notamment Margot Alexandre qui interprète Jo dans Raout Pacha.

Y a-t-il des libertés que le format court métrage vous a apportées en particulier ?
Le court-métrage m’a imposé la contrainte du temps. La toute première version du film que nous avons montré au festival SITU durait 1h. Puis nous avons retravaillé le montage pour aboutir à cette version finale. Mon précédent et premier court-métrage était auto-produit, ma collaboration avec ma productrice Hannah Taïeb s’est entamée après le tournage de Raout Pacha. L’aspect totalement libre et dégagé des notions de rendement ou de budget de mes deux expériences cinématographiques m’incite plutôt à découvrir aujourd’hui une manière de travailler à l’intérieur d’un cadre.

Pour voir Raout Pacha, rendez-vous aux séances de la compétition nationale F5.

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