Lunch avec Massacre

Rencontre avec...

Entretien avec Maïté Sonnet, réalisatrice de Massacre

Que pouvez-vous nous dire de la genèse de Massacre ?
J’ai eu envie de raconter l’histoire d’un renversement, d’un passage : celui de l’impuissance vers la puissance. Les deux personnages du film sont alors apparus très vite dans mon esprit ; deux petites filles, a priori innocentes, qui deviennent, peu à peu, menaçantes. C’est ce duo de gamines-sorcières, sorte de monstre à deux têtes, qui a été mon point de départ. J’ai eu envie de leur écrire une histoire contre laquelle elles pourraient lutter, et de laquelle elles pourraient s’affranchir. L’île touristique s’est alors dessinée peu à peu autour d’elles, comme l’arène de leur bataille.

Massacre aborde avec justesse de la sortie de l’enfance, de la naissance du désir, et de la colère. Comment avez-vous élaboré le scénario pour obtenir ce résultat ?
Les questions du désir et de la colère sont très liées dans le film : les deux petites filles ont un rapport trouble aux touristes qui viennent sur « leur île ». Elles les haïssent autant qu’elles les aiment. Elles voudraient être comme eux, être aimées par eux, et s’asseoir à leur table, mais ces sentiments d’amour sont emprunts d’autant de violence. Le scénario est construit autour de cette ambivalence, cette ambiguïté dans les sentiments des personnages, qui deviennent de grands tourments. Au départ, c’était un scénario très court, puis je l’ai retravaillé avec les producteurs de Quartett afin que ce « grondement sourd », cette colère des personnages, ait le temps de se déployer, de grandir, de s’étirer.

Le film débute par des images assez tendres de deux sœurs préados pour ensuite prendre une direction – sans rien dévoiler de l’intrigue – assez inattendue. Surprendre le spectateur, voire le déranger, c’était une de vos ambitions ?
Ce qui est certain, c’est que j’ai eu envie de mettre en scène un monde dérangé, inconfortable, empreint d’une étrangeté latente. J’ai imaginé le film comme un « joli cauchemar », à la fois effrayant et tendre, dans lequel les personnages seraient à la fois des amis et des prédateurs. Avec la monteuse du film, Marylou Vergez, nous avons par exemple laissé trainer les sorties de champ des personnages à la fin des plans, quand on le pouvait, pour qu’elles nous échappent sans cesse. C’est certainement à cet endroit, dans le rapport trouble du spectateur aux personnages, qu’il y a quelque chose d’inconfortable, voire de « dérangeant ».

Quelles sont vos œuvres de référence ?
Je crois qu’au départ il y a eu Les bonnes, la pièce de Genet. Il y a ce duo de sœurs maléfiques, qui sont des bonnes qui s’amusent à mettre en scène l’assassinat de leur maîtresse dès qu’elle a le dos tourné. C’est un texte incroyable, je l’ai lu au lycée et il m’a laissé une trace, tout comme La cérémonie, de Chabrol, que j’ai découvert au même moment. Je crois que les personnages de Massacre sont héritières de ces deux œuvres. Ensuite, pour l’île et son atmosphère, j’ai beaucoup pensé à certains films de Bergman dans lesquels l’insularité participe à la folie et à l’angoisse des personnages (je pense par exemple à L’heure du loup).

Y a-t-il des libertés que le format court métrage vous a apportées ?
Oui, complètement, d’ailleurs je crois que le film n’aurait pas pu exister dans un autre format. Je me suis sentie très libre dans toute la fabrication, comme si on était autorisé, dans le court, à aller vers des narrations assez « expérimentales ». Dans ce film, il y a par exemple plusieurs personnages principaux, et un mélange des genres particulier… C’est assez jouissif de pouvoir essayer des choses, d’être dans l’expérimentation.

Pour voir Massacre, rendez-vous aux séances de la compétition nationale F3.

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