Dernier verre avec Frontiera (La frontière)

Rencontre avec...

Entretien avec Alessandro Di Gregorio, réalisateur de Frontiera (La frontière)

Qu’est-ce qui vous a donné envie de parler de Lampedusa ?
Avec le scénariste, Ezio Abbate, on voulait raconter une histoire autour de ce qui se passe dans la mer Méditerranée. Ezio avait lu un article de journal sur la tragédie du 3 octobre 2013, où 368 migrants ont trouvé la mort au large de Lampedusa. C’était l’événement le plus tragique de ces migrations. Dans l’article, le journaliste racontait l’histoire de deux points de vue différents : celui des fossoyeurs, et celui des plongeurs des garde-côtes. Alors, Ezio a écrit le scénario et j’ai dit : « J’aime bien, on va le faire ! ».

Qu’est-ce qui vous intéressait dans la relation entre les deux jeunes hommes ?
Je voulais montrer deux points de vue, deux façons différentes de vivre cette tragédie. Le plongeur sait exactement ce qui l’attend, il a donc peur, bien qu’il soit formé pour cela. Mais il veut le faire car c’est son boulot. Le jeune fossoyeur, en revanche, ignore ce qui l’attend et s’en fiche. Mais il va changer en voyant la tragédie de ses propres yeux. À la fin, quand ils se revoient, ils ont mûri. Ils reviennent de leur descente aux enfers, dans un sens.

Que souhaitez-vous que le public en retire ?
À la fin de chaque projection, c’est le silence total. J’aime cette sensation, car je veux que les spectateurs réfléchissent à ce qui se passe en mer Méditerranée, où des gens meurent chaque jour. Voilà ce que je souhaite susciter à la fin de chaque séance.

Le film est quasiment sans dialogues. Pourquoi ce choix ?
C’était une idée d’Ezio, le scénariste. Ce n’était pas évident, car tous les jours, tout le monde parlait des migrants, surtout les hommes politiques, mais personne ne prenait le temps de réfléchir à ce qui se passait vraiment. Et surtout, personne ne savait ce qui se passait vraiment. Alors voilà ce qu’on a envie de dire : arrêtez de parler et regardez notre film, car le vrai problème, ce n’est pas l’immigration, ce sont tous ces gens qui meurent.

Quels sujets souhaitez-vous aborder à l’avenir en tant que cinéaste ?
Je voudrais parler de la société, des gens et des tragédies de notre époque.

Y a-t-il des œuvres ou des films qui vous ont inspiré ?
Il y a beaucoup de films qui m’ont inspiré. Je m’efforce de regarder au moins un film par jour, et je pense qu’on retrouve dans mes œuvres des fragments de différents films. Paul Thomas Anderson et Pablo Larrain comptent parmi mes réalisateurs préférés et je « puise » un maximum de choses dans leurs films.

Y a-t-il des libertés que le format court métrage vous a apportées ?
Je pense que le court métrage offre la liberté de s’essayer à de nouvelles formes de langage cinématographique, et la possibilité de raconter toutes sortes d’histoires. Avec les Smartphones et le streaming, la façon dont on regarde les films évolue. Le court métrage semble le format idéal pour les jeunes générations, mais il n’est pas si facile de raconter une histoire en seulement quelques minutes.

Pour voir Frontiera (La frontière), rendez-vous aux séances du programme I9 de la compétition internationale et à la séance scolaire.

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