Critique à emporter #1 : « Noah » (L5)

Critique à emporter

Quelques mots sur Noah, de Walter Woodman et Patrick Cederberg (Canada, 2013). Durée : 17’28

Écran total  

Noah est une curieuse expérience, qui tente de retranscrire au cinéma, la vie d’un adolescent, en choisissant comme unique point de vue, l’écran d’un ordinateur.

Le film commence par l’ouverture d’une session mac, un rituel quotidien banal pour l’Homo Interneticus d’aujourd’hui. Puis le héros, Noah, en bon représentant de la génération Y, commence à surfer sur le web, naviguant partout à la fois, sur une page porno, sur facebook, recherchant une image lolcats sur google, jouant un jeu flash d’athlétisme… le tout en même temps qu’une conversation skype avec sa copine Amy. La suite du film s’articule autour de cette relation, qui risque de toucher à sa fin, les deux amoureux devant partir chacun étudier dans une ville différente. Comme la connexion rompt durant leur discussion, Noah se met alors immédiatement à espionner sa copine, en scrutant les moindres détails de sa page facebook, dont il hackera même la session !

Si le film ravira les sociologues du numérique (bien que certaines scènes soient un peu exagérées), que dire du coefficient cinématographique ? Peut-on réussir à éviter l’ennui, voire d’être ému, devant un screencast de 17 minutes ? Il faut croire que oui. L’astuce de ces deux jeunes réalisateurs consiste à mettre en scène le regard dans l’écran (et non d’un corps devant l’écran) pour dramatiser. Zoom, dézoom, panoramique furtif qui suit la souris ou passe d’une fenêtre à l’autre… les gestes, bien que virtuels, en disent finalement plus sur nos pensées qu’un long discours.

Un problème aurait pu ternir cette belle expérimentation : l’identification. Mais contrairement à La dame du lac (de Robert Montgomery),  le recours à la webcam lors des conversations skype ou des passages sur Chatroulette fonctionne comme miroir permettant de figurer le héros sans pour autant sortir de l’écran.

Reste une interrogation : ce Malkovich 2.0 survivra t-il à la décennie sans être ringard, à la vue de la constante évolution du web et de nos pratiques ? Réponse dans 10 ans.

Ismaël Joffroy Chandoutis

Découvrez Noah au sein des séances de la Compétition Labo 5.

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